Quitter l’Inde pour un petit bout du Tibet

Dernière étape de notre voyage : Dharamsala. Une petite ville de 19 034 habitants nichée aux pieds de l’Himalaya. Elle est souvent appelée « la petite Lhassa », pour cause : elle accueille le gouvernement tibétain en exil. A travers ces brumes montagnardes cohabitent hindous et bouddhistes. Pour nous, c’était une destination symbolique afin de mettre un point final à notre voyage.

Dharamsala est située dans la vallée du Kangra, au bord des montagnes Dhauladar. Du riz et du thé parsèment les terrasses avoisinantes des hameaux. De grandes forêts de pins et de cèdres de l’Himalaya naissent sur son flanc. La ville qui semble accroché à la montagne se divise en deux parties distinctes : le lower Dharamsala, urbanisé et commercial, avec le centre administratif de la ville et le upper Dharamsala où la plupart des réfugiés tibétains résident. Si seulement 4 kilomètres à pied séparent les deux parties de la ville, cela représente 9 kilomètres de virages et 500 mètres de dénivelé.

On the road again…

C’est forcément par cette route que nous avons de prime abord découvert la ville. Après un atterrissage en douceur (version indienne) à l’aéroport voisin, nous nous sommes entassées dans un taxi (une Fiat Panda des années 1990 version indienne), nos quatre sacs à dos sur le toit retenus par une ficelle, pour prendre la route. L’Inde nous étonne tous les jours ! Quittant les routes principales pour de petites artères mal goudronnées, les montagnes ont commencé à se dessiner dans le paysage. Nous étions seules sur cette route. Un sentiment rare dans une Inde aux 1 340 milliard d’âmes. Les pentes abruptes et les talus verdoyants ont été les uniques témoins de notre émerveillement. Nous redécouvrions une nature sauvage, sans klaxon, ni air oppressant ou brouhaha incessant. Nous avons traversé lower Dharamsala, heureuses de ne pas y séjourner et de fuir la ville.

C’est ici que notre ascension rocambolesque a commencé. Le code de la route en Inde est quelque peu différent, voire inexistant… Pour se plonger dans le décor, il faut imaginer notre petite Panda sur des routes sinueuses de montagne, peu ou pas goudronnées, de deux mètres de large ; où se côtoient deux voitures, une moto, une vache. La montée nous a parue longue. Très longue. Davantage encore lorsque notre chauffeur textotait entre deux virages. Il s’arrêta tout à coup à un croisement de chemin. A notre gauche, un café-bric-à-brac où trois hommes sirotaient du thé.  Sur le mur de la bâtisse qui abrite le café est peint une grande représentation moderne d’un bouddha avec le slogan « mother earth is sacred. »  En face, un grand portail tibétain, coloré et doré, menant à un centre yogique.  A notre droite, un petit chemin qui plonge dans la forêt. Suspendu à la montagne, il serpente jusqu’au pan adverse de la vallée. Le chauffeur nous pointe du doigt un grand bâtiment vert en face. Nous comprenons que c’est notre hôtel. Nous enfilons nos sacs à dos et nous engageons sur le chemin en serpentin. Nous marchons une bonne demi-heure. Un chien errant vient nous tenir compagnie, on dirait Doug du dessin animé Là-haut ! C’est si agréable de marcher sans transpirer, de laisser un air frais s’infiltrer dans ses poumons, sentir la pluie fine et froide couler sur son visage, d’écouter les bruits de la nature.

L’idylle s’estompe rapidement lorsque nous découvrons notre hôtel. Pourtant nous les avions tous repérés en amont sur Internet et ce dernier était bien noté sur les sites de voyageurs. Commentaires satisfaisants, cinq petites étoiles, de nombreux petits pouces en l’air. Arrivées sur place, le bâtiment et sa localisation semblent conforment à nos attentes. L’intérieur un peu moins. Etant isolées de tout, pour la première fois du voyage, nous nous sentons peu rassurées. Après avoir passé une nuit peu reposante, emmitouflées dans nos duvets, nous décidons de changer de toit pour le reste de notre virée montagnarde. Nous trouvons refuge dans un charmant petit hôtel au « centre » de upper Dharamsala, entre centre de relaxation et école tibétaine.

Nous voilà en plein cœur de la biculturalité de la ville. A Dharamsala, l’hindi, le himachali ainsi que le tibétain sont pratiqués. Temples hindous et bouddhistes cohabitent. Les drapeaux de prières tibétaines traversent les rues. Shiva rencontre Bouddha. Aussi pittoresque que cela puisse paraître, Dharamsala est devenue une véritable attraction touristique.

Fini le poulet au curry, on craque pour Domino’s Pizza !

On estime que chaque année 800 000 touristes étrangers et indiens s’y rendent. Si Inde et Tibet cohabite, occidentalisation et authenticité, spiritualité et business également. Retraites spirituelles et stages de médecine naturelle côtoient salons de tatouages et salles de yoga occidentales, restaurants traditionnels tibétains et Domino’s Pizza, salons de thé bouddhistes et bars à bière.

Face à toute cette influence la ville semble mal équipée. La pollution ambiante du reste de l’Inde semble conquérir les rues et ruisseaux des pentes de Dharamsala. L’adduction d’eau et réseau d’égout n’arrivant plus à suivre. Sans parler des périodes d’euphorie lors que le Daïla-Lama est présent…

Pour prendre de la hauteur c’est !
Pour comprendre pour le Tibet à trouver exil à Dharamsala, ici.