Rabindranath Tagore

Durant tout notre séjour à Calcutta nous avons eu un compagnon de route peu ordinaire. Un curieux personnage aux discussions profondes, parfois compliquées mais très poétiques. Sans modestie, on s’est invitées chez lui. On vous présente Rabindranath Tagore.

Si la ville de Calcutta a souvent une mauvaise réputation qui lui colle à la peau, y culminent les sommets culturelle et intellectuelle du pays. Berceau de l’intelligentsia indienne, elle a accueillit de grands penseurs. Si parmi ces personnages aux prénoms indiens difficilement prononçables pour nous on doit en retenir un seul : c’est bien Rabindranath Tagore.

Ce poète, écrivain et philosophe fut le premier non-Européen a recevoir le Prix Nobel de la Littérature. Figure de proue du Bengale, on retrouve son influence considérable un peu partout. Communément reconnu avec sa fine barbe blanche et son regard droit, le grand Tagore fut un jour un petit Rabindranath. Il né en 1861 à Calcutta dans sa grande maison familiale (sa famille est issue de la caste de brahmane, la plus haute caste sociale de l’hindouisme). La même où il mourut 80 ans plus tard. La même où nous nous rendons. La bâtisse est aujourd’hui devenu un musée qui expose des souvenirs du poète et retrace sa vie.

L’homme de lettres

Son premier recueil de poésie publié à l’âge de 17 ans, il deviendra rapidement un poète reconnu à l’époque coloniale. Outre que la poésie pour laquelle Tagore est mondialement connu, sa plume l’a également conduit à écrire romans, pièces de théâtre, récits de voyage et nouvelles. Il écrivait en bengali et traduisait lui-même la plus part de ses œuvres en anglais. Un détail qui est pourtant lourd de sens à l’époque où il écrit.

Gitanjali (L’offrande lyrique) et et Ghare-Baire (La maison et le monde) sont parmi ses œuvres les plus connues pour n’en citer que deux. A travers sa prose ou ses vers, Tagore mêle lyrisme, langage familier, naturalisme méditatif et contemplation philosophique. Il trouve son inspiration dans la nature et la vie des gens ordinaires, mais surtout dans la beauté du Bengale qu’il chérissait tant.


Il réforma majestueusement la culture bengalie, aussi bien littérature que musique, notamment en rejetant les formes classiques des arts indiens. On palre même parfois de « l’ère Tagore » dans la longue histoire de la littérature bengalie. Deux chants de son canon rabindrasangeet sont devenus les hymnes nationaux respectifs du Bengladesh et de l’Inde : Amar Shonar Bangla et Jana Gana Mana, celui que nous entendons résonner tous les matins au PLC.

Que se soit à travers son œuvre littéraire ou ses engagements personnels, il souffle un vent de liberté à l’évocation de Tagore. Le poète milita contre le Raj britannique et il soutint le mouvement pour l’indépendance de l’Inde.

Tagore & l’enseignement

Tagore fût un autre des personnage très investis dans l’enseignement que nous avons croisé sur notre chemin indien. Pour lui, les lacunes profondes de l’enseignement indien sont la source de tous les problèmes du pays. Ainsi, il a milité pour la démocratisation de l’enseignement ; notamment dans la langue maternelle des élèves, soit le bengali, et non en anglais, langue du colon. Il voulait mettre « au service de l’amélioration des conditions de vie des êtes humains » la créativité, la joie et la conscience du patrimoine culturel de son pays. A ses yeux, l’enseignement scientifique doit être associé à la philosophie et la spiritualité. Il ne doutera jamais que l’éducation permet à chacun de gagner sa vive et d’assurer son épanouissement personnel.

Tagore dans son université de Santiniketan

Sur ces bases humanistes, il fonda en 1901 l’école en plein air de Santiniketan adosée à un ashram, puis quelques années plus tard les universités Vishva Bharati et Shri Niketan. D’ailleurs, il souhaitait la fréquentation internationale de ses établissements scolaires car pour lui, la connaissance des autres était la meilleure façon de lutter contre la nationalisation, source de conflits.

Soucieux d’une union entre Orient et Occident, le poète bengali sera également sera l’un des premiers à faire entendre la voix de l’Inde à travers le monde entier. Mais la vitalité et la complexité de ses écrits ont souvent été mal interprétées par les Occidents… qui n’ont pas trouvé de représentant canonique et simpliste de la sagesse mystique orientale.

Certains textes de Tagore viennent tout juste d’être réédités ! L’occasion de découvrir ou re découvrir l’auteur. C’est aux éditions Gallimard : Œuvres, de Rabindranath Tagore. Collection Quarto, 2020. Édition présentée et annotée par Fabien Chartier

Les élèves du PLC nous ont joué une pièce de Tagore, c’est par ici!