Kalighat Kali temple

Première excursion dans la ville de Calcutta et grand plongeon dans la religion hindoue. Découverte du temple de Kali, la déesse de la destruction…

Réveil à 7h30: une grasse matinée, en somme. Une fois le petit déjeuner pris, les sacs à dos bien remplis de notre panoplie de survie quotidienne (gourdes d’eau potable, gel hydroalcoolique, crème soleil…) et les appareils photos bien en place autour du cou ; nous partons pour la première fois à la découverte de la ville de Calcutta. Nous retrouvons notre chauffeur de la journée qui nous attend, tout sourire, et après quelques vagues explications à l’aide de grands gestes et de traductions approximatives des pages du Routard, nous prenons la direction du temple de Kali.

Kali, déesse de la destruction

Même si la constante effervescence de l’Inde se ressent partout, rendant l’expérience du pays d’autant plus prenante,  les temples et leurs alentours restent tout de même la meilleure façon de s’immerger dans la ferveur religieuse qui habite aussi bien les rues que le cœur des gens. Celui que nous nous apprêtons à visiter se situe au sud de la ville, dans le quartier de Kalighat.

Représentation traditionnelle de Kali

Il est dédié à Kali, déesse hindoue de la destruction et du mal. Représentée dans l’art oriental comme une femme nue à la peau noire, tirant la langue et portant un collier de crânes humains, elle est considérée dans l’histoire de la religion comme étant l’alter ego féminin de Shiva, l’un des dieu principaux de la Trinité hindou. Des dizaines de milliers de croyants se pressent chaque années aux portes du temple dans l’espoir de résoudre leurs problèmes en consultant celle qu’ils perçoivent comme une mère.

Explications en VO sur la déesse Kali

Les rues alentour de l’emplacement du temple sont jonchées d’échoppes vendant toutes sortes d’objets à l’effigie de la déesse. Là encore, c’est un fouillis coloré et doré, à l’image de l’Inde elle-même. Des femmes, assise à même le sol, vendent toute la journée des colliers de fleurs qu’elles étalent sur des tapis et protègent des mouches et de la chaleur en les arrosant.

A peine plus loin sur le même trottoir, des hommes à l’apparence moins misérable alpaguent les passants depuis leurs petites huttes de fortune d’où pendent des milliers de chapelets hindous. L’affluence est d’autant plus forte durant les festivals hindou propres au Bengal tels que Paila Baishak en avril et Durga Purja en octobre.

 Nous l’avons souvent répété depuis notre retour: rien de tout ce que nous aurions pu lire, regarder ou rechercher sur l’Inde ne pouvait nous préparer à la réalité qui nous attendait. Le temple de Kali en est un très bon exemple.

Immersion totale

Nous arrivons dans le centre ville sur les coups de 9 heures et plongeons directement dans la frénésie de la ville puisque le quartier de Kalighat est loin d’être le plus calme de Calcutta. Notre chauffeur réussit tant bien que mal à se garer et nous explique comment le retrouver à la fin de la visite. Il nous laisse en compagnie d’un homme en habit traditionnel hindou, une tunique bleu ciel à l’aspect brillant et un pantalon de lin ; qui se présente et nous montre sa « carte de prêtre ». Voyant l’air perplexe sur nos visages, il tente de nous rassurer en nous expliquant qu’il assurera notre visite et répondra à toutes nos questions. Nous jetons chacune un regard aux autres, discrètement, puis décidons de le suivre quand même : l’aventure fait partie du voyage, non ?

Notre premier arrêt se fait 200 mètres plus loin, dans une petite boutique sur le bord de la route. La pièce, ouverte sur la rue, reste plutôt sombre et un peu lugubre. Notre guide nous explique que nous devons nous rendre pieds nus dans le temple, en signe de respect. Pas rassurées à l’idée de ne jamais retrouver nos précieuses sandales Quechua, nous déposons malgré tout nos chaussures sous un banc avant de le rejoindre à l’avant de la boutique. Là, il nous offre une sorte de gâteau traditionnel, mélange de farine et d’eau ; nous bénit avec de l’eau venue tout droit du Gange et nous dessine un bindi sur le front à l’aide d’une épaisse pâte orange. Le gâteau laisse un goût farineux sur nos langues qui nous donne atrocement soif et le bindi fond instantanément sur notre peau luisante, laissant derrière lui une trainée fluorescente ;  mais nous acceuillons chaque sensation avec enthousiasme. Quoiqu’un peu sceptiques quant à la provenance de cette « eau sacrée du Gange » qui nous inspire plus les bactéries que la spiritualité, nous sommes totalement immergées dans l’ambiance et nous partons enfin en direction du temple.

Nous partons vers le temps… pieds nus.

Mais pour l’atteindre, il faut traverser les rues encombrées du quartier. Ici, une leçon importante à retenir: ne jamais porter de sandales quand on visite un monument indien… Debout devant l’entrée de l’échoppe, nous contemplons toutes le sol jonché de détritus non identifiés. Pas très rassurées à l’idée de s’ouvrir la plante des pieds ou d’attraper une maladie inconnue, nous cherchons le réconfort dans le visage les unes des autres.  Sans réfléchir plus longtemps, nous entamons en riant notre périple à travers les rues sales au goudron brûlant qui nous séparent de l’entrée du temple.

Premières impressions

 Après quelques minutes de marche, nous arrivons sur une place animée et colorée, au bout de laquelle se dresse le grand corps blanc du temple et ses mosaïques multicolores, veillant sur la ville.

Au fur et à mesure que nous nous approchons du bâtiment, les bruits et les couleurs s’amplifient ; le lieu grouille de gens venus demander un miracle en échange d’offrandes. Le décor commence à devenir familier, pourtant nous savons déjà qu’au fond, nous ne nous habituerons jamais au spectacle des rues indiennes. Ici comme en bas de notre immeuble, tout se mélange. L’odeur des stands de nourriture se mêle à celle des bennes en plein air. Le long des rues que nous empruntons jusqu’au temple, les visages inconnus nous paraissent pourtant semblables à ceux que nous croisons tous les jours dans les rues de notre quartier. Comme partout ailleurs, l’Inde est un phénomène à elle toute seule et une expérience qui se ressent à chaque instant. Le bruit constant des rues fourmillantes fini par nous évoquer une douce musique alors que nous arrivons devant les portes du temple.  

Un arc-en-ciel de mosaïque recouvre l’extérieur du temple

Nous pénétrons dans l’enceinte du lieu, déjà émerveillées. Quelques règles simples, les mêmes que d’habitude : ne pas se séparer, tenir son sac contre soi et ne pas faire de photos à l’intérieur du temple pour ne pas nuire à l’ambiance purement spirituelle du lieu. A peine les portes passées, la foule se fait dense et nous avançons sous un soleil de plomb qui se reflète sur les murs blancs du temple. Notre guide nous aide à nous faufiler entre les croyants qui patientent, certains depuis des heures, pour déposer leur offrande. Sous la chaleur écrasante, les gens que nous croisons ne semble pas atteint par l’humidité des températures qui avoisinent pourtant les 45°.  Nous nous contentons de les observer une minute puisque l’intérieur du temple est réservé aux hindouistes, puis nous nous remettons en marche.

L’Inde et ses traditions déroutantes

L’endroit dans sa totalité a la taille d’un tout petit village. Après avoir déambulé un instant, nous arrivons devant une sorte de petite cabane avec une porte et des volets en fer sur lesquels sont noués des rubans de toutes les couleurs. L’endroit ressemble aux cabanes perchées dans les arbres que nous avons chez nous et où les enfants jouent des heures l’été, à cela près qu’ici, le  soleil qui perce à travers les hauts murs du temple fait ressortir une étrange odeur. Le guide nous explique alors avec détachement qu’il s’agit de l’autel utilisé pour les sacrifices d’animaux qu’exigent les rituels religieux. C’est à ce moment là que passe derrière nous deux hommes aux tuniques de toiles tachées de sang. Ils tiennent respectivement les pattes arrières et avant d’une chèvre qu’ils transportent depuis l’autel jusqu’à un autre endroit plus reculé. Nous apprenons plus tard que la viande sacrifiée est ensuite utilisée pour nourrir les plus pauvres des croyants qui viennent visiter la déesse. L’air semble s’épaissir et nous sentons encore davantage la chaleur sur nos peaux. Depuis notre arrivée en Inde, ce n’est pas la première fois que nous nous sentons dépassées par ce qui se déroule sous nos yeux. Les tâches rouges sur le sol blanc de l’édifice suffisent à nous déstabiliser pendant un instant. Après avoir repris nos esprits,  nous continuons avec hâte le long des petites ruelles qui constituent l’ossature du temple. Le sol pavé est jonché de bouts de papiers dont les couleurs vives contrastent avec le blanc éclatant des murs. Résidus de célébrations religieuses, ces arc-en-ciel de papier témoignent de la joyeuse ferveur qui fait de la croyance Indienne un festival quotidien.

Nous arrivons à la dernière étape de la visite. Notre guide s’arrête devant un autel installé au cœur du renfoncement d’une des ruelles du temple. On accède au monument religieux par de petits escaliers menant à une plateforme surélevée où attendent déjà plusieurs croyants. Nous nous joignons à eux pour écouter les instructions de prière données par un homme qui semble être en charge. Nous observons alors plusieurs croyants pratiquer les gestes nécessaires puis, à l’aide des explications traduites par notre guide, nous les immitons à notre tour. Le « rituel » consiste à implorer auprès de Kali la protection de nos proches et des gens qui nous sont chers. Nous sommes en Inde depuis déjà 7 jours et nous pensons toute avec tendresse à notre famille et nos amis en déposant les traditionnelles fleur d’hibiscus sur l’autel. Une autre croyance ancienne pousse les femmes indiennes à se presser aux portes du temple chaque jour : la déesse est réputée pour avoir des dons de fertilités. La coutume consiste pour les couples en mal d’enfants à visiter la demeure de Kali puis à déposer, sur un grillage qui renferme un vieil arbre sacré, une petite pierre entourée d’une ficelle et d’une mèche de cheveux. Si un enfant venait à naître par la suite, les amants miraculés devraient revenir visiter le temple, défaire la pierre du grillage, et déposer des fleurs d’hibiscus au pied de la statue de Kali.

Il est déjà presque midi. La visite a duré près d’une heure mais nous n’avons pas vu le temps passer. Nous quittons les lieux, un peu à reculons. Une fois sorties du temple nous suivons notre guide de fortune jusqu’à l’échoppe où nous récupérons nos chaussures. Nous le remercions chaleureusement pour la visite et les explications, puis reprenons notre route.  Après avoir flané un long moment dans les rues avoisinantes, nous rejoignons notre taxi : il est temps de partir vers nos prochaines visites mais une chose est déjà sûre, l’aventure commence en beauté.

De retour sur les routes encombrées de Calcutta.
Pour la visite de la plus grande mosquée d’Inde c’est ici ! Pour la découverte d’un temple sikh, faites la queue ici.