Surnommé « le toit du monde », le Tibet est situé à la frontière avec l’état du nord-ouest Indien de l’Himachal Pradesh. C’est là que se trouve la ville de Dharamsala où nous avons passé les trois derniers jours de notre voyage. Dans ce havre de paix se mêlent bouddhisme et hindouisme, car les rues colorées de la ville accueillent des centaines de réfugiés tibétains. Retour sur les événements qui ont mené près de 200 000 personnes à laisser leur vie derrière eux pour fuir leur pays.

Le calme avant la tempête

Gouverné pendant près de 2 000 ans en tant que pays indépendant, le Tibet a connu son propre régime politique : le « gouvernement Ganden Phodrang« .
La religion bouddhique fut implantée aux alentours du VIIIème siècle, et ses principes ont été d’une grande influence, tant dans le mode de vie de la population que dans le développement du mode de gouvernement. Selon le Ganden Phodrang,  le dalaï-lama était amené à diriger la vie civile comme la vie religieuse. Pour cela, il disposait de deux « conseils ». Le premier s’occupait des affaires religieuses, et le deuxième, des affaires civiles. Le Premier Ministre de chaque conseil agissait comme le lien entre ces derniers et le dalaï-lama. L’économie du pays était principalement locale, basée sur l’agriculture et l’artisanat.

La modernisation du pays n’aura lieu que dans les années 1920, sous le règne du 13ème dalaï-lama. Celui-ci se penche sur des domaines jusqu’alors laissés pour compte tels que l’éducation, l’armée et la médecine. Il crée également une monnaie propre au pays, ainsi que le drapeau officiel, encore utilisé aujourd’hui par le gouvernement en exil. Sur ce drapeau, deux « lions des neiges » (créature légendaire Tibétaine) semblent protéger les monts enneigés situés au centre. Ils veillent aussi sur les joyaux, également placés au milieu, qui représentent la religion Bouddhiste. La couleur jaune, avec ses rayons partant vers l’extérieur, signifie l’expansion de cette religion et la diffusion de ses principes.

La fin d’une époque

C’est en 1950 que le Tibet connaît la fin de son indépendance. L’armée de la République Populaire de Chine pénètre le pays par la ville de Chamdo. L’armée Tibétaine, avec son effectif et son équipement réduit, ne fait pas le poids. S’ensuivent huit années de cohabitation difficile entre les forces chinoises et le 14ème (et actuel) dalaï-lama, qui refuse d’abandonner son peuple. Celui-ci tente de continuer à diriger le pays malgré la présence étouffante du gouvernement chinois qui, par un accord nommé l’Accord en 17 points, diminue lentement les pouvoirs du dirigeant tibétain.

« Il n’y a que l’ennemi qui puisse vraiment nous enseigner les vertus de la compassion et de la tolérance. »


Ocean of Wisdom: Guidelines for Living

La résistance s’organise parmi le peuple à partir de 1956, et culmine en mars 1959 dans un soulèvement qui entraînera la fuite du 14ème dalaï-lama vers l’Inde. Bien que ses pouvoirs lui aient été révoqués sur son territoire, d’abord par le gouvernement chinois puis par sa fuite hors du pays, le dalaï-lama souhaite préserver son rôle. Un mois après son exil, accompagné de son premier ministre Lobsang Sangay, il fonde l’Administration Centrale du Tibet. Celle-ci est chargée d’accompagner les réfugiés et de se battre pour la liberté du pays.

« Près de 1.2 million de Tibétains sont morts en conséquence directe de l’occupation chinoise »

Autant durant le soulèvement de 1959, que dans les années de répressions qui suivirent, les pertes humaines furent immenses pour le Tibet. Nombreux furent les exilés, mais pour la population restante, la vie devint de plus en plus difficile. En 1966 débute, en Chine, la Révolution culturelle, à travers laquelle Mao Zedong tente d’asseoir sa souveraineté. Lorsque des Gardes Rouges de l’armée de Mao Zedong décident d’étendre la Révolution Culturelle, c’est dans un bain de sang que les troupes de résistants tibétains tentent de se soulever. En plus des nombreuses pertes humaines, le pays endurera également la destruction de 90% de son patrimoine culturel.

« Près de 1.2 million de Tibétains sont morts en conséquence directe de l’occupation chinoise entre les exécutions, la torture, la famine et les camps de travaux forcés. Pourtant, c’est la destruction de l’âme tibétaine qui a été la plus sévère. Le vol de notre terre natale, les tentatives d’éradiquer notre religion, et la création de conflits et méfiance parmi le peuple ont engendré des conséquences à long-terme sur la mentalité et le mode de vie Tibétain. »

Hortsang Jigme, historien et ancien directeur du centre de recherche culturelle de Norbulingka
Drapeaux Tibétains dans les montagnes de Dharamsala

Fuir et résister

Le nombre de tibétains ayant fuit le pays s’élève à près de 200 000, dont 100 000 ont trouvé refuge en Inde. Un grand nombre d’entre eux vivent désormais à Dharamsala, plus précisément dans la partie de la ville nommée McLeod Ganj, où nous avons séjourné durant nos trois jours dans cette partie du pays. L’endroit est surnommé « la petite Lhassa » par la communauté tibétaine puisqu’elle accueille le Dalaï Lama actuel depuis son exil. Celui-ci a fondé l’Institut Norbulingka dans le but de préserver l’art, la culture et la religion tibétaine que l’occupation chinoise tente de détruire depuis des années.

« Cependant, nous avons réussi à survivre en tant que peuple. […] Nous avons également préservé notre culture, ce qui ne bénéficie pas seulement au Tibet mais aussi au reste du monde. »

Dalaï-lama

Nous avons eu la chance de visiter le Musée Tibétain de Dharamsala, à McLeod Ganj. Celui-ci retrace l’histoire du Tibet avant l’invasion du pays, puis raconte l’exode du peuple vers la paix et sa lutte pour une reconnaissance internationale de la situation. Une partie de l’exposition est consacrée aux actes désespérés de certains Tibétains qui s’immolent par le feu en guise de contestation de l’occupation chinoise.

La ville de McLeod offre une chance pour les exilés tibétains de reconstruire leur vie sans pour autant perdre la culture de leur pays d’origine. Face à la volonté du gouvernement chinois de faire disparaître la culture tibétaine, de nombreuses associations furent créées pour préserver celle-ci, notamment à travers l’éducation.

Réfugié à Dharamsala depuis l’âge de 14 ans, Yeshi Lhundup, fondateur de l’association Tibet World, a voulu créer un endroit de sécurité et d’accueil pour sa communauté. L’établissement comprend une école et organise de nombreux évènements culturels.

Si la culture, la religion et l’esprit tibétain ont réussi à survivre, et se sont désormais répandus à travers le monde. La situation du Tibet n’a pas évolué. Malgré les efforts constants de la communauté, aussi bien au sein de groupes résistants qu’au sein du gouvernement en exil dirigé par le Dalaï-Lama actuel, le conlfit reste gelé.

Partez à la découverte de l’institut Norbulingka, centre culturel tibétain.