Le quartier général des soeurs missionnaires de la Charité

Rencontre avec Mère Teresa de Calcutta, une autre femme qui a dédié sa vie aux autres et à l’Inde.

Nous sommes en excursion dans la ville fourmillante de Calcutta. La vie bat son plein. Nous ne savons pas où donner de la tête, nous sommes encore peu habituées à toute cette effervescence. Nous avons envie de prendre part à ce bouillonnement, on est toutes excitées à l’idée de pouvoir partir à l’assaut de la ville, mais en même temps, on se sent quelque peu dépassées par toute cette agitation explosive.

Pour l’instant, nous ressentons encore l’Inde à travers nos sens qui sont saturés. A tous les coins de rues, flottent cette odeur d’encens envoûtant, les parfums de mélange d’épices  ; mais aussi l’odeur des pots d’échappement, de la sueur, des égouts à ciel ouvert. Sur notre dos : nos sac à dos, mais aussi le poids de la chaleur étouffante, humide et polluée. Des couleurs vives semblent jaillir de partout : des saris, des fleurs que l’on porte autour du cou, des peintures qui ornent les autobus. Les grandes artères, où s’entrecroisent des dizaines de files de voitures, sont bordées par des bâtiments coloniaux poussiéreux qui semblent abandonnés. De grands arbres trônent au milieu de ce désordre. Il y a mille chose à regarder, sans cesse, de partout ! Autant de merveilles, que de pauvreté.

Est-ce qu’un jour on va s’habituer à voir des enfants faire leurs besoins dans la rue, à voir des mères farfouiller dans les décharges, à voir des infirmes se laisser mourir sur les trottoirs…?

Des saris en coton blanc

Nous sommes prises dans une enveloppe de quiétude. Un calme monastique pèse sur les lieux. Les murs bleutés font penser à un large ciel de printemps découvert. La mélodie incessante des klaxonne n’est plus audible. Seule la voix d’un muezzin qui appelle à la prière est perceptible timidement. Pourtant, c’est une représentation de la Sainte Vierge qui nous accueille. A côté, une statue de bois peinte représente une vielle femme. Ses traits ridées sont européens, mais elle est vêtue d’un sari à l’indienne. Son regard semble implorer la pitié. Il est bienveillant. Comme celui d’une grand-mère.

Des femmes vêtues de blanc se pressent pour se rassembler dans une pièce au plafond bas. Elles portent le même sari en coton blanc que la statue. Un liserais bleu borde leurs courbes. C’est l’heure de la messe. Elles communient pieds nus. Dans un coin de cette salle, une grand rectangle de marbre blanc. Des colliers de fleurs y sont délicatement disposés, des bougies s’y consument. C’est une tombe. Celle de Mère Teresa.

Si nous tenions à nous rendre au quartier générale des sœurs missionnaires de la Charité, c’est parce qu’il tient un lien étroit avec notre histoire indienne, ou plutôt celle de PACE Universal. L’histoire a fait s’entrecroiser les destins de deux femmes qui ont fait des autres l’oeuvre de leur vie. La petite Deepa Willingham, fondatrice de PACE, a reçu sa propre éducation de Mère Teresa. Dans une interview, elle confie que la leçon la plus important qu’elle a appris de son enseignante était « de ne jamais abandonner, même lorsque l’on pense être pris dans une situation complètement désespérée ».

L’histoire d’une femme

D’origine albanaise, Anjezë Gonxhe Bojaxhiu -plus connue sous le nom de Mère Teresa- rencontre l’Inde pour la première fois en 1931, alors âgée de 21 ans. Elle enseigne à Calcutta, ville qu’elle chérira toute sa vie, à des élèves qui la surnomment « Ma » (« mère » en bengali). Parallèlement, elle consacre une grande partie de son temps à consoler les démunis et les malades des bidonvilles. Pour elle, l’extrême pauvreté vide progressivement l’homme de son humanité.

Un jour, elle prend conscience -ce qui est pour elle un message de Dieu- qu’elle doit « sortir de [son] couvent et aide les pauvres en vivant avec eux ». Elle quitte alors sa communauté de sœurs avec cinq roupies en poche. Elle décide notamment de donner des cours dans la rue aux enfants.

Peu à peu, certaines de ses élèves souhaitent la suivre et l’épauler. Elle les oblige à achever leurs études, et fondent avec elles une nouvelle congrégation : les sœurs missionnaires de la Charité. Très rapidement, elles adoptent le sari blanc ourlé de bleu comme habit religieux. Le même que portent les femmes démunies qui balayent les rues de Calcutta.

Une soeur missionnaire de la Charité se rendant au quartier général dans son sari blanc.

En quelques décennies, Mère Teresa devient l’une des personnes les plus connues de la planète, voire une sorte de légende vivante. Dix-huit ans plus tard, elle décède d’insuffisance cardiaque à Calcutta, seule dans sa petite chambre du quartier général qu’elle a toujours refusé d’aménager d’un ventilateur.

Elle a laissé derrière elle une congrégation présente dans plus de 120 pays, incluant des centres d’aide familiale, des orphelinats, des écoles, des soupes populaires, des hospices et des maisons d’accueil pour les personnes atteintes de la lèpre, du sida ou de la tuberculose. Le quartier générale des soeurs missionnaires de la Charité, où la messe est célébrée dans une petite pièce au plafond bas, est humble et presque vide… car l’aide est dans la rue.

Pour en savoir plus sur Deepa Willingham, la fondatrice de PACE, c’est ici