Sécurité (nom féminin) :
État d’esprit confiant et tranquille d’une personne qui se croit, se sent à l’abri du danger.

Comment apprendre dans un environnement où l’on ne se sent pas en sécurité ? C’est la question que s’est posée Deepa Willingham, la fondatrice de PACE Universal. Cette femme a fait de l’éducation et de la sécurité des filles du village sa mission. Si la première est assurée par le Piyali Learning Center, la deuxième est un peu plus complexe. En 2015, la SAFE House, maison visant à abriter les filles en danger dans leur environnement familial, a vu le jour à Piyali. On vous fait visiter ?

«Je veux être écrivaine. Je veux écrire à propos des filles de notre village, l’amitié entre elles et leur émancipation.» Mili, 15 ans, me confie ses rêves d’une voix assurée, dans un anglais irréprochable. Comme toutes les élèves du PLC (Piyali Learning Center), elle apprend la langue depuis son entrée à l’école, à l’âge de 4 ans. « Dans les autres écoles, les élèves n’apprennent pas l’anglais correctement. Donc quand ils vont à l’université, ils sont à la traîne. Les élèves de notre école parlent un anglais fluide. » Si Mili, comme tant d’autres filles de son âge, a la possibilité de se rendre à l’école tous les jours, c’est en partie grâce à la SAFE House.


«Je veux être écrivaine. Je veux écrire à propos des filles de notre village, l’amitié entre elles et leur émancipation.»

Mili, 15 ans

La discussion s’enchaîne naturellement, et les filles discutent avec moi comme elles le font avec leurs amies. Plus de deux semaines après notre arrivée, les liens que nous avons tissés avec elles se renforcent au quotidien. Les sourires timides du premier jour disparaissent vite, et les filles nous sautent dessus à chaque pas que nous faisons hors de la salle des profs. Rien qu’en écrivant ces lignes, je peux encore les entendre nous courir après et nous appeler « didi » ( «grande soeur » en bengali). Je profite encore un instant de leurs éclats de rire, mais bientôt il est temps d’aborder un autre sujet.

Vivre à Piyali

Le village de Piyali est situé à 50 kilomètres de Calcutta, capitale du Bengale Occidental, où la misère est omniprésente. Le pourcentage de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté est estimé à environ 40%. Piyali y est relié par une ligne de chemin de fer. Ce village a l’air paisible (si on le compare à la cohue de Calcutta), enfoui en pleine nature, il est pourtant un lieu dangereux pour les filles. Proche de la frontière avec le Bangladesh, c’est une des zones du pays les plus touchées par le trafic d’humains et le mariage d’enfants. Ce danger prend ses racines dans le désespoir lié à la situation de pauvreté extrême des habitants ; et une vision péjorative des femmes. Leur éducation est considérée comme superflue. Ainsi, seulement 57% des femmes du village savent lire et écrire, et ce manque d’éducation entraîne la vulnérabilité.

La forte pauvreté que subissent les familles les conduisent bien souvent à des décisions lourdes de conséquences, comme le raconte Joyeeta, directrice du centre : «Le challenge c’est le mariage forcé. Les gens disent que ça n’existe plus mais c’est faux. Ça arrive encore à Piyali, surtout pendant les vacances d’été. Tellement d’élèves brillantes quittent l’école pour ça. » Toutes les professeures sont unanimes : chaque minute hors de l’école est un danger pour les filles, qui sont les premières victimes de la pauvreté du village, aussi bien dans les rues que chez elles.


« L
e statut de fille ne vaut rien, elles sont vues comme un fardeau. » 

Dans une vidéo de présentation du centre et de sa mission, Deepa Willingham, la fondatrice du PLC, explique pourquoi les petites filles sont si touchées par le trafic d’humains : «Dans ces zones rurales, non éduquées et illettrées, le statut de fille ne vaut rien, elles sont vues comme un fardeau.  »  Kristine Pedersen, directrice du centre au moment de la vidéo, acquiesce : « Nous nous concentrons exclusivement sur celles qui ont le plus besoin d’aide. Celles qui, sans PLC, ne seraient pas à l’école mais envoyées à la ville pour travailler, voire même dans une autre direction pour être prostituées ou vendues. » 

Le ton cru des enseignantes montre la connaissance qu’elles ont du sujet. Pour la plupart, elles ont dû surmonter ces menaces les premières afin d’obtenir l’éducation nécessaire à leur métier. Malgré le mauvais traitement que certaines subissent chez elles, les élèves ont toujours le sourire aux lèvres une fois passées les portes de l’école. Nilima Gayen, enseignante, explique : «Quand elles sont à l’école, on ne peut pas se contenter de regarder leur visage pour se dire « oh, cette fille ne mange pas à sa faim » ou « celle-ci est maltraitée par quelqu’un de son entourage ». Parce qu’ici, elles ont toujours l’air heureuses, elles rient et elles jouent. »

La SAFE House

C’est en 2015 que l’organisation a trouvé une solution en fondant la SAFE House. Les lettres signifient Safe Abode For Education (Demeure sécurisée pour l’éducation) et épellent le mot «sécurité » en anglais. Avec l’aide des professeures et de plusieurs volontaires, le projet s’est concrétisé. L’association a commencé par louer les murs d’une maison du village. Puis, après avoir obtenu de quoi meubler et décorer le lieu, plusieurs bénévoles ont aidé à la mise en place. Un agent de sécurité est également payé pour assurer le bien-être de ses habitantes. Cette maison du bonheur, peinte dans des tons vifs et décorée chaleureusement, héberge actuellement quatre filles au quotidien, mais a la capacité d’en accueillir jusqu’à douze. L’organisation de la maison est gérée par la « House Mother », visiblement très appréciée des filles pour sa tendresse et son dévouement. La pièce à vivre, la cuisine et la salle d’eau sont partagées, ainsi que la chambre des filles, qui ont chacune leur petit espace mais partagent tout de même des lits superposés.

Mili et Anjura

La SAFE House abrite les élèves les plus menacées, tant par la pauvreté que par la violence. C’est le cas de Anjura, 16 ans. Ses grands yeux brillent lorsqu’elle me raconte qu’elle rêve de prendre des cours de théâtre, ou de voyager à travers le pays. Pourtant, derrière son joli sourire se cache une enfance malheureuse et violente, dans un environnement dangereux et néfaste. La jeune fille a intégré la SAFE House pour mettre fin à cette situation, et vit depuis avec ses amies, qu’elle considère comme une famille.

Anjura, jeune écolière du PLC, habite à la SAFE House

Mili, 15 ans, est une des copines de chambre de Anjura. Nous avons d’abord fait connaissance de sa mère, Mala. Élevant seule sa fille, Mala habite près de Piyali et travaille pour PACE. Pour éviter à Mili le quotidien difficile d’une mère seule élevant son enfant, l’école loge la jeune fille durant la semaine et accueille même Mala lorsqu’elle souhaite lui rendre visite. À ma question «Avez-vous déjà subi des discriminations basées sur votre genre? »Mili sourit tristement puis répond: «J’ai été témoin plusieurs fois. Pas dans ma famille, mais mes voisins disent toujours que les filles ne sont bonnes à rien. » À ces mots, je comprends comment son entourage pourrait lui être nuisible en l’absence de sa mère

Toujours voir plus grand

Après la construction et la mise en route de la SAFE House, l’association a désormais pour projet la construction d’une structure similaire, située dans l’enceinte de l’école pour encore plus de sécurité. Joyeeta, la directrice du centre, rêve d’un grand bâtiment dans lequel accueillir de nombreuses filles pour leur permettre d’étudier l’esprit tranquille. Un plus grand bâtiment permettra également d’accueillir plus d’élèves. Le centre, qui accueille aujourd’hui 200 élèves quotidiennement, n’était qu’une cabane au départ. Des rêves d’une seule femme est née une école qui soutient des centaines de filles, leur permet de grandir en sécurité et les pousse vers un futur prometteur.

Même si nous sommes rentrées en France depuis bientôt 6 mois, il n’y a pas un seul jour qui passe sans que nous ne pensions à PLC et aux femmes formidables que nous avons rencontrées là bas. Pour ceux d’entre vous qui suivent nos aventures depuis le début, le budget avec lequel nous sommes parties cet été reste en partie intact (671,47 euros exactement). La somme qui nous reste sera donc versée à l’association, pour la création de cette SAFE House dont nous rêvons autant qu’eux.

Comme nous, vous pouvez, vous aussi, participer et aider ces jeunes filles à grandir en sécurité, pour devenir les femmes incroyables que nous avons vues en elles. Nous lançons un appel aux dons pour financer la construction de la nouvelle SAFE House, pour plus d’informations n’hésitez pas à nous contacter, en bas de page ou en commentaire !

Chloé Romo