A la lueur du jour, nous nous sommes parties à la rencontre de la septième merveille du monde. Les yeux encore endormis, nous avons admiré la grandeur du Taj Mahal. Ce somptueux bâtiment cache derrière son marbre blanc une histoire d’amour, d’innombrables légendes, tout un pan de l’histoire et la catastrophe environnementale indienne.

Ce n’est pas tous les jours que l’on voit l’une des sept merveilles du monde. En cette matinée, nous allions contempler de nos propres yeux le bâtiment dont nous avons beaucoup entendu parler. Celui que nous avons souvent mis en décoration sur nos supports de dossier de camp, invitation à notre repas indien ou autre présentation de notre voyage. On dit que le chef d’œuvre est encore plus beau avec les premiers rayons du soleil. Nous nous levons donc, difficilement, en même temps que le soleil, à 5 heures. On enfile nos sarouels, tuniques et sac à dos, on bien pense à prendre les appareils photos et nous voilà parties. La chaleur et la pollution oppressante sert de réveil immédiat. Mais qu’importe !

« Une larme sur le joue du temps »

Nous voilà devant une grande porte de gré rouge ornée d’enluminures arabes et de décorations florales gravées dans du marbre blanc. Nous sommes déjà époustouflées. Nous avons passées plusieurs remparts de la sorte pour acheter nos tickets d’entrée, déposées nos affaires, entrer dans le parc. Si toutes ces murailles de palais qui entourent le Taj Mahal sont déjà si prodigieuses, à quoi va-t-il ressembler lui ? Tout est tellement beau ! Nos esprits, encore engourdis par notre courte nuit, ne savent où donner de la tête. La fatigue décuple notre excitation mais nous rends en même temps presque muettes (fait rare, très rare). On a cette sensation étrange comme guide. Ce ressenti qui nous rappelle toutes les fois où nous avons imaginé cette rencontre.

Derrière cette porte, se lève soudainement le rideau. Se dévoile brutalement à nous la scène. Une pièce qu’on connaît si bien. Le somptueux édifice, qu’on semble reconnaître, trône bien ici. On l’a déjà vu tellement de fois dans nos manuels scolaires, dans les livres de voyages, sur Google Earth…  Mais pourtant, rien à voir… en vrai, c’est quand-même mieux ! Surtout, on découvre ici l’impression d’être petites, toute petites. On se sent minuscules devant tout cette beauté, toute cette pierre, tout cette histoire. 

Sa blancheur se mélange avec la brume. Son reflet s’étire dans les bassins qui le borde. Il est coiffé d’un dôme à la forme d’un bulbe qui rappelle les palais des Contes des Mille et Une Nuit. Tout est impeccablement symétrique. Le Routard nous informe qu’il est l’incarnation de l’architecture indo-islamique. Il conjugue des éléments architecturaux perses, islamiques et d’Asie centrale. Le tout en marbre blanc du Rajasthan dont la couleur change selon l’intensité du soleil ou l’éclat de la lune. De partout est parsemée des motifs végétaux et inscriptions calligraphiques, comme sur la porte d’entrée.

Paradoxalement, l’intérieur paraît modeste. On y le visite brièvement en suivant un parcours fléché où le silence règle. Les tombes des deux époux trônent majestueusement. Mais sous leurs dentelles de marbres… elles sont vides. Les amoureux reposent en réalité dans une crypte au sous-sol, qui à malheureusement pris l’eau. On dit que les murs y sont tapissés de pieux précieuses et semi-précieuses. En ressortant à la lumière du jour, on débouche sur la vaste terrasse arrière qui surplombe la rivière Yamuna qui longe Agra.

A gauche de cette esplanade une mosquée en grès rouge qui sanctuarise l’endroit. Sa jumelle a été construite côté droite mais seulement pour ne pas déranger à la symétrie parfaite du lieu, elle n’est en réalité par orientée vers La Mecque et donc pas utilisée comme mosquée. Les jardins qui se déroulent devant le Taj sont également d’une grande beauté. Ils sont encadrés par différents pavillons de gré rouge tout aussi soigné que le Taj. A travers les allées très verdoyantes, flotte une atmosphère anglaise… et pour cause : Lord Cruzon, vice-roi des Indes et commanditaire du Victoria Memorial de Calcutta, fut ajouté des pelouses britanniques au jardins persans.

La légende du Taj Mahal

Contrairement aux idées reçues, le Taj Mahal n’incarne pas la ferveur religieuse mais célèbre l’amour. C’est un mausolée en l’honneur de Mumtaz Mahal, la défunte troisième femme de Shâh Jahân, dernier des grands empereurs moghols. Cette dernière rendit son dernier souffle en donnant naissance à leur 14ème enfant et laissa le souverain dans un chagrin inconsolable. Il voulut alors célèbre sa beauté légendaire dans un palais qui n’ait pas son pareil au monde. S’ensuivirent 17 années de travaux pour plus de 20 000 artisans venus des quatre coins de l’empire. On dit également qu’il a fallu plus de 1000 éléphants ont faire venir de toutes les régions d’Inde les matériels nécessaires.

Le mystère qui entoure l’identité de l’architecte du Taj alimente de nombreuses légendes... On raconte qu’aucun architecte du royaume n’était à-même de concevoir un projet à la hauteur de la tâche demandée. L’empereur aurait alors eu recourt à l’architecte perse le plus célèbre et aurait tué sa fiancée pour qu’il puisse comprendre sa douleur et être en capacité de réaliser un monument pour l’amour perdu. L’œuvre achevée, on lui aurait crevé les yeux pour pas qu’il ne puisse jamais bâtir de bâtiments d’une telle beauté.

Le Taj, la politique & la religion : triangle amoureux ?

En Inde, le politique est toujours intimement lié à la religion. Ces dernières années, des violences ont été perpétrées contre le site touristique par des membres du parti nationaliste hindou au pouvoir en guise de signe de protestation de l’héritage islamique du pays. Ainsi, une guerre culturelle a été déclarée, notamment incarnée par le premier ministre Narendra Modi et son parti qui cherche à privilégier en priorité le patrimoine hindou, au détriment des héritages issus d’autres confessions.« Notre gouvernement est nationaliste et religieux. Or, le Taj Mahal n’est le symbole d’aucune religion. » dicta le ministre de la Culture de l’Uttar Pradesh, l’Etat où se trouve le  mausolée musulman, en 2017. Certaines plaquettes touristiques régionales ne font plus figurer le monument.  

Si le Taj Mahal est aujourd’hui mondialement connu, ce ne fut pas toujours la cas. A travers l’histoire, il a même été l’objet de nombreuses controverses. En 1828, en plein Raj Britannique, Lord Bentinck, gouverneur des Indes avait un tel mépris de la culture indienne qu’il envisageait de démonter le Taj Mahal pour vendre les pièces de marbres en Angleterre.

Bientôt plus de Taj ?

Le Taj Mahal est un véritable don économique pour Agra qui ne vit presque que de lui. Mais ce tourisme de masse draine entre 10 000 et 15 000 personnes par jour, qui toutes, foulent les lieux. Cette popularité croissante pourrait arriver à saturer et à endommage le fragile édifice. Outre le querelles inter religieuses, ou l’économie touristique, c’est surtout la pollution qui pourrait faire disparaître le Taj Mahal. 

Le mausolée a été victime pendant de longues années de émanations rejetées par les usines chimiques et les tanneries de la région. Il commençait même à prendre une teinte jaunâtre dans les années 1980. On décida alors de fermer les 200 usines avoisinantes et d’interdire le trafic automobile autour du monument. Les pluies acides et le nuage brun d’Asie continuent tout de même de faire virer le marbre blanc au jaune… voire au brun certains jours.

Mais aujourd’hui une nouvelle menace apparaît. Non pas par la pollution atmosphérique, mais par les sols. La rivière Yamuna qui borde le monument, d’ailleurs considérée comme une zone morte de biodiversité en raison des niveaux de pollution trop importants, asséchée, conduit à un affaissement de la nappe phréatique sous la Taj et commence à le fissurer. Certains annoncent même un risque d’écroulement des minarets pour les prochaines années à venir

 Shân Jahân est aussi à l’origine de la plus grande mosquée d’Inde que l’on a visité à Dehli, sa famille a bâti le Fort Rouge.